La bipolarité ou le syndrome du phoenix

Publié le par Kejik

En allant voir le blog de Mr Poulpe (un gars bourré de talent qui s'est fait connaître par Joystick, Nolife et un tas d'autres trucs), je me suis retrouvée confrontée à mon double grossit par un miroir étrange. Vous savez, le genre de miroir qu'on retrouve dans les cirques et autres fêtes foraines...
Ce gars est, tout comme moi, atteint de bipolarité. La maladie du maniaco-dépressif.
Bon, je vais m'étendre pendant des heures sur son cas, mais plutôt vos parler de comment on le vit à l'ntérieur du dedans.
En fait, il y a quelques jours, je suis arrivée au plus bas de l'état dépressif et aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, je suis en phase remontage.
C'est vraiment bizarre comme truc.
Quand j'étais gamine, je parlais à des gens imaginaires. Ma bizzarerie a pris peu à peu d'autres aspects et bientôt, merci à une enfance et un début d'adolescence de merde, les choses n'ont fait qu'empirer.
Quand est-ce que ça a commencé exactement ? Aucune idée. Mais de toute façon, ça n'a vraiment aucune importance.
C'est toujours le même cycle.
Partons du début, la phase ascenscionnelle. (Bien que c'est dur de parler de début et de fin de cycle puisque c'est un cercle, un serpent qui se mord la queue mais soit, trouvons un début)
On se sent "normal". On regarde ce qui nous entoure et on commence à avoir de bonnes vibrations. Puis le cynisme apparaît. On prend tout en dérision, on fait rire tout le monde avec du sarcasme et des répliques bien senties. On commence même à avoir de grosses bouffées d'inspirations. Puis tout devient lumineux. Mais bien sûr ! On a LA bonne idée. Celle qui nous donne un mortel coup de fouet. On se lance à bras le corps dans de nouveaux projets. On se sent roi (enfin, reine dans mon cas) du monde. Tout est possible. On est un génie. C'est là où le cynisme atteint son paroxysme. Plus on est méchant, plus on fait rire et plus on aime ça.
Puis pof. On s'épuise. Le doute commence à s'insinuer au fond de soi. Des fois, il y a un déclencheur. Des fois on est juste son propre détonateur. Ben oui, tant qu'à faire, ça va trop bien alors si rien ne se présente, faut bien trouver quelque chose pour se détruire. Le déclencheur peut-être tout et n'importe quoi : un verre cassé, un orteil fracassé contre le pied d'un meuble... Faut juste que ça fasse mal.
Les idées morbides deviennent obsédantes. On est toujours cynique mais ça ne fait plus rire. Ce qu'on dit blesse vraiment. Et le cynisme se retourne contre soi. On voit le monde avec une lucidité sans plus aucun filtre. On se sent raté. Les gens deviennent tous des ennemis juste parce que eux, ils vont bien tout le temps. On veut recommencer sa vie en "mode sans échec". La spirale infernale commence. On se sent seul et on en souffre mais en même temps, on veut voir personne et surtout, on veut pas qu'on nous remonte le moral. Surtout pas. On risquerit de se sentir bien. Mais par contre, qu'est ce que ça fait du bien de hurler au monde entier : Mais je souffreuuuuuuh !
Puis on touche le fond. Pour certains, c'est le suicide. Heureusement, je n'ai jamais été à ce point là bien que parfois, je carresse cette idée avec délectation. Mais bon, moi, je suis pas une courageuse. Me trancher les veines, ça n'a jamais été mon truc. Et puis aussi, j'ai une mère avec qui je suis fusionnelle. Elle a tellement souffert dans la vie que j'ai pas envie de rajouter ça à son palmarès. C'est mon garde-fou.
Et au fin fond du gouffre, alors qu'on dort 20 heures par jour, qu'on ne mange plus, qu'on ne se lave plus, qu'on se masturbe comme une source d'oubli (hé oui, c'est moche), qu'on n'a plus aucune lumière au fond du cerveau, on se prend un méchant coup de pied au cul.
Ca peut être par un proche comme par un parfait inconnu.
Pour ma part, des fois c'est mon copain, des fois c'est Aduna Fael, des fois par mes amies ou ma propre famille. Là où ça marche le mieux c'est quand ça vient de quelqu'un qui n'a aucune complaisance pour moi.
Soit ça me met en rogne, soit ça me met du baume au coeur.
Quand ça vient trop d'une même personne, ça gave. Parce qu'au bout d'un moment, on en a marre qu'ils ne portent que toujours le même regard sur vous. Il faut alors quelqu'un de nouveau.
Quand ça me met du baume au coeur, je redeviens toute douce, gentille, serviable. Je me met à cuisiner de petits plats. Je rentre dans le moule du "femme au foyer". Quand ça me met en rogne, je deviens très prolifique en matière de création, je me défonce à 200%, je me couche tard pour achever ce que j'ai en cours, mes projets n'ont plus aucune barrière, je redeviens maîtresse de tout, je suis la meilleure. Rien ne me résiste.
Et on reprend le cycle ascenscionnel.
Là, c'est ce que je vis. Je suis encore ouverte aux autres, prête à aider par pur plaisir. Mon sens de l'humour est revenu, je casse un peu mais gentiment. C'est pas encore la grande forme mais la gagne revient.
Je me sens aussi coupable d'avoir flanché devant quelqu'un de cher. J'ai pleuré au téléphone sans pouvoir m'arrêter et j'ai fait pleurer l'autre. Je n'ose pas encore l'appeler pour lui dire que grâce à lui, j'ai touché le fond et que du coup, j'ai pu rebondir. Et si je ne le fais pas, je sais qu'à la prochaine dépression, ce sera un nouveau motif de flagellation.
Parce que ce qu'il faut bien comprendre c'est que quand on va bien ou mal, on est emporté par une sorte de fièvre qui annihile notre conscience de nous même. Et on se retrouve dans de situations où on a trop la honte. Sur le coup, on s'en rend pas compte. Mais dans la dépression, t'inquiètes pas que ça revient avec double force (ces deux derniers mots à prononcer à l'anglaise) et là, on a qu'une envie, se cacher loin sous les couvertures, loin de notre propre regard.

Longtemps, on m'a mise sous Lithium puis sous Xanax. Mmmh c'est bon le Xanax. On est à côté de ses pompes, plus rien n'a aucune importance, on est le canard sous la pluie : les gouttes coulent sur nos plumes sans s'accrocher. Avec ça, plus de malheur. mais plus de bonheur non plus. Tout est étrangement serein sans aucune autre émotion. Et ça ne résoud vraiment pas les problèmes.
Du coup, j'ai tout arrêté.
Aujourd'hui, je suis toujours malade mais c'est marrant, ça va mieux qu'à une certaine époque. Mes crises s'espacent et j'arrive à me maintenir plus longtemps dans la phase ascenscionelle sans aller jusqu'au paroxysme.
Je me suis rendue compte que ça a beau être une maladie physique, le mental joue beaucoup dessus.
Mon compagnon n'a aucune complaisance pour moi. Ca ne veut pas dire qu'il ne m'aime pas, bien au contraire. Mais il n'a jamais voulu me donner la main pour m'entretenir dans mon état psychotique.
Et du coup, j'ai trouvé un certain équilibre dans ma vie.
Ce n'est pas toujours tout rose mais je ne parle pas en général mais uniquement sur ce sujet là.

Du coup, si mon texte se fait publier et que j'ai l'occasion d'écrire à nouveau, j'aimerais bien aborder ce thème. L'analyser en détail et faire comprendre aux gens ce que les bipolaires vivent, entre ange et démon, génie et attardé.
Parce que je me rends compte que pour le "commun des mortels", on est de vraies énigmes qu'on ne sait pas par quel bout prendre...
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Publié dans La vie de Kejik

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R
Je suis revenue sur ce sujet parce que mine de rien c'est intéressant mais surtout ça permet de mieux comprendre son propre entourage.Je te rassure, je ne te secouerai pas le cocotier, je laisse ce rôle à ceux qui ont le tact pour.J'ai la sensation que le plus difficile, c'est d'avoir un jour un diagnostic sur le sujet, non ? Quelque part, je serais rassurée si, me sentant régulièrement mal sans pouvoir l'expliquer rationnellement, on finissait par me dire que c'est normal, que cela s'explique.Je me faisais la remarque que la maladie quelque qu'elle soit est déjà un sujet peu apprécié, les maladies psy je n'en parle même pas. Pourtant, comme tu l'as dit en discuter, dédramatiser, ça fait un bien fou.Au fait, comment ça tu ne sais pas orthographier le truc avec 'honnête' dedans ? (rires : moi non plus !)
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K
<br /> Ben être malade, finalement, c'est pas si terrible. C'est comme tout, on vit avec. Le pire c'est quand les gens se voilent la face dessus et te disent que non, tout ça c'est dans ta tête. Ben oui,<br /> justement, c'est dans MA tête...<br /> Mais bon, au final, on se connait et on s'adapte. Ca soulage d'avoir un diagnostic mais il ne faut pas que ça devienne quelque chose de complaisant, du genre qu'on nous céde tout juste pour<br /> soulager le malaise de la maladie. On demeure Monsieur et madame "Tout le monde", avec les difficultés et les boheurs de la vie.<br /> Mais il faut bien se dire que ça a quelque chose de merveilleux aussi parce que tout ce qui nous arrive, on le vit intensément : les moments de dépression mais aussi les vrais bonheurs. Et ceux là,<br /> sincérement, on les vit très fort... Donc c'est peut-être un mal pour un bien...<br /> Je ne sais pas. Mais quand on me parle de vie "normale", je n'ai pas envie d'échanger ma place. Au final, je ne vas pas si mal.<br /> Et puis regarde, il y a des gens qui se trouvent handicapé à la suite d'un accident et qui disent que tout compte fait, s'ils n'avaient jamais eu ce problème, ils n'auraient peut-être pas découvert<br /> tout un tas d'autre choses. Ce n'est pas le cas de tout le monde, certes, mais il faut voir la philosophie dans tout ça : c'est la différence qui fait que nous ouvrons nos horizons.<br /> Alors oui, c'est facile de dire tout ça quand ça va. Aujourd'hui, c'est un bon jour. Je n'aurais peut-être pas répondu pareil en étant dans une mauvaise phase. Mais il n'empêche, au fond, je l'aime<br /> bien ma maladie...<br /> <br /> <br />
S
Tout le monde n'est-il pas atteint de ce trouble à plus ou moins grande échelle ?Parce que moi même je suis comme ça, mais je n'avais jamais mis de nom dessus. Par contre mon cercle vicieux passe toujours au dessus de la phase déprime, j'ai du bol. Mais c'est toujours la même chose : Créativité, Cynisme, Abandon, Détresse, et retour à zéro. La Créativité c'est une phase géniale, productive et tout. Le Cynisme c'est quand je me rend compte que "à quoi bon" parce que de toutes façons "je suis seul" et "personne ne me comprend". Du coup, suit l'Abandon, où je ne fais plus rien d'autre que traîner des pieds, ne rien faire, et en général je meuble en jouant ou en lisant. Après vient la Détresse, où je me dis que je perds mon temps à ne rien faire (forcément) alors que depuis le temps que je glande j'aurais peut-être pu réaliser de belles choses et avoir amélioré ma situation. Du coup, ça me tue, et je renais, plein de créativité et d'ambition !Maintenant ce n'est pas gênant au point de ma gâcher la vie ou de me déprimer, et je ne vais pas consulter pour ça. Mais quand même, je trouve pas mal de similarité.Et j'ai encore fait un commentaire trop long, faut vraiment que je me calme ^^Désolé d'avoir parlé de moi tout ce temps.
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K
<br /> T'inquiéte donc pas, j'adore les longs comm. Ca me fait de la lecture ;)<br /> <br /> Pour répondre à ta question, la bipolarité a effectivement des degrés de profondeur. Pour ma part, je suis assez soft puisque mes crises de mal être ne sont pas suicidaires. Pour certains, ça peut<br /> aller jusqu'au point de menacer sa famille de suicide avec meurtre collectif. Et ce avec actions.<br /> En fait, on reconnait cette maladie surtout au fait que c'est cyclique.  Ce qui n'a rien à voir avec un dépressif chronique. On reconnait vraiment ce côté spirale infernale ici.<br /> D'ailleurs, phénomènes que je n'ai pas abordé dans l'article c'est que les maniaco-dépressifs présentent des formes de génie et d'intelligence supérieure (comme chez l'autiste) et parfois des<br /> signes de phénomènes paranormaux. Les médecins appelent ces phénomènes hallucinations visuelles ou auditives. Mais au fond, ça les arrange bien dans leur esprit cartésien....<br /> <br /> <br />
R
En fait je t'avoue que je ne connais pas la bipolarité, du coup ton article est pour le moins "instructif".Je connais des personnes qui ont souffert (ou souffrent) de dépression mais c'est tellement un sujet "tabou" qu'on n'en parle qu'à demi-mot, sans vraiment creuser le sujet. Puis j'ai peur d'être très indiscrète.Je dois t'avouer que même en sachant qu'il ne faut pas entraîner la personne à se complaire dans son mal-être, j'aurais du mal à te secouer le cocotier si je sais qu'à un moment donné tu vas mal, j'aurais trop peur d'empirer ton malaise au moment le plus innoportun. Heureusement qu'il y a Adu, ton homme et tes proches. Je suis franchement 'out' pour ce genre de problèmes.
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K
<br /> Chacun son caractère... C'est vrai que si toi, si douce et carrée, si tu me secouais, je serais un peu choquée... Mais bon, ça dépend de comment c'est fait et par<br /> qui.<br /> <br /> Je comprends cette pudeur que tu as. Perso, je pense que justement, la dépression c'est quelque chose de tabou et d'incompris, ce qui renforce son côté maladie. Alors qu'en vérité, d'en parler fait<br /> du bien. Enfin, à quelqu'un de compréhensif, bien sûr...<br /> <br /> Si jamais le sujet t'intéresse, n'hésite pas à me demander quoi que ce soit. J'en parle sans faux-semblant avec toute l'hônnéteté dont je suis capable (sauf d'écrire le mot correctement).<br /> <br /> <br />
D
tiens donc .... J'ai quelques symptômes flagrants ... Sauf que je noie les périodes de descente dans l'alcool, en prime ... (et avec tout ce que tu as décrit ..)Bon, le tout c'est de le savoir non ?Bisous ma belle ....
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K
<br /> Ouais, j'ai vu que c'était réccurent chez les bipolaires, l'alcool. Moi c'est par choix que je ne bois pas parce que j'ai d'autres drogues. Mais chacun sa source<br /> d'oubli...<br /> <br /> Ben ouais, comme tu dis, le tout c'est de le savoir. C'est déjà un pas vers l'amélioration.<br /> <br /> Biyoux tout plein à toi aussi.<br /> <br /> <br />