Anatomie d'une dépression avec fuite

Publié le par Kejik

Ca commence par un état d'euphorie où rien n'a d'importance. On se sent libre et on se lache comme s'il n'y avait pas de lendemain. Puis on prends conscience des réalités et on essaie de se blinder. On devient narcissique, sarcastique et presque indifférent. Tout nous gonfle et en même temps, rien n'a d'importance à part survivre jusqu'au lendemain. On est encore au stade où on peut sourire. Froidement, certes, mais ça reste un sourire. Bon d'accord, les yeux expriment tout le mépris qu'on peut accorder aux autres mais voilà, la bouche est encore mobile. Tant qu'on est dans cet équilibre, il faut tenir sur la vague jusqu'à ce que le moral revienne ou alors attendre inexorablement la chute...
Et puis vient la dépression en soi. On ressent ce que les autres pensent de nous. La moindre réflexion anodine prend des allures d'insulte mesquine cachée. On ne sait plus comment prendre les choses... Et tout devient le reflet du mépris que l'on se porte soi-même. Avant, on croyait qu'on était mieux que les autres. Là, on se rend compte qu'on est simplement différent et certainement très mal ajusté. Les larmes montent aux yeux toutes les cinq minutes. Le moindre fait d'évoquer qu'on a mal à l'intérieur pourrait déclencher les grandes eaux... Quand on nous parle mal, qu'on nous manque de respect, on n'arrive même plus à le prendre à la légére ou de se battre pour imposer le respect qu'on nous doit. Tout devient catastrophique : on se dit qu'on est trop faible. Pourquoi est-ce qu'on a laissé quelqu'un avoir du mépris pour nous ? Certainement parce qu'on l'a mérité...? Et puis on sait très bien que ça, c'est juste de l'appitoyement mais on ne sait même pas comment arrêter de le faire... On s'énerve contre soi, on s'en ferait du mal...
La moindre personne qui essaie d'aider, on pleure dans ses jupes, presque du caprice. On les dégoutte. Et sinon, pour les autres, on est persuadé d'être incompris... Dès qu'on nous dit "courage !" on a envie de répondre :"tu peux même pas comprendre ce qui m'arrive, alors ferme ta gueule !" La moindre gentillesse à notre égard et on la rejette parce qu'on croit ne pas la mériter. La moindre sécheresse à notre égard et on se sent mal aimé, détestable et on se met en rage, on boude, on devient violent... 
Viennent ensuite les moment d'égarement où on s'imagine se suicider froidement, on imagine les réactions des autres... (AH ! BIEN FAIT ! Vous aviez qu'à faire plus attention à moi !!!!) Et puis on saigne à l'intérieur pcq on sait que c'est pas vrai, qu'on est aimé... Ensuite, enfin, on commence à se réfugier ailleurs, dans des mondes imaginaires où les choses arrivent à coller avec sa propre réalité, avec sa propre sensibilité. 
On imagine des Elfes, êtres supérieurs à l'intelligence démesurée, qui comprennent, eux, les maux par lesquels on passe. On se voit voler avec les fées et lutins, parce qu'au fond, c'est dans l'envol qu'on se sent libre, sans attache... On visite les cavernes de nains où s'étalent les richesses des profondeurs, richesses innaccessibles dans le vrai monde... On devient le vrai héros, celui qu'on ne sera jamais, celui reconnu pour ce qu'il est et ce qu'il a fait. Pas juste pour avoir tapé une lettre sans fautes... Non, là, on a vaincu le dragon, on a sauvé le monde de menaces dangereuses... Enfin on existe et on ne se sent pas blâmé pour être rêveur...
Et si être rêveur, ça faisait juste trop mal dans notre réalité ?

Et puis finalement, le temps continue à tourner, on remonte la pente et on sort de sa mini crise de pas bien. Et là, on a honte. Honte de s'être donné en spectacle pcq on est trop sensible. Honte d'avoir parlé de ce qui nous chagrine. Et surtout honte d'avoir ENCORE UNE FOIS gavé tout le monde avec sa dépression. On se promet de ne plus jamais recommencer... Mais ça reviendra... et c'est bien ça qui fait encore peur !

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Publié dans La vie de Kejik

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R
Zordar a raison, à la base c'est tout de même une maladie. De ce fait, as-tu appelé un médecin spécialisé à l'aide ? Lui est là pour t'épauler, ou du moins pour essayer de trouver des solutions pour que tu ne sois pas obligée de dévaler la pente à chaque fois que tes rêves sont mis à mal par la réalité que nous devons subir jour après jour.Etre déphasée je ne connais que trop bien et ce n'est pas facile à vivre.Par contre, tu as la chance de te relever par l'écriture et la visite de tes mondes intérieurs. Pour ma part, je n'ai pas cette possibilité de fuir : je ne parviens à écrire que lorsque je me sens bien. Donc à ta place je serais bien plus faible, désorientée, incapable de me relever. Alors tu vois dans cette histoire, c'est mon admiration que tu gagnes, parce que tu dévoiles quelque chose dont il n'est pas facile de parler. Et pas de chipotage entre nous : c'est sincère et tu le mérites.Je te fais un gros calin, même s'il est virtuel c'est toujours mieux que rien.
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K
Je suis passée par une psychothérapie ce qui a déjà beaucoup amorti les dégats. Je reste cependant quelqu'un de trop utopiste, de naïf. Ceci dit, j'aime quand même ce travers chez moi : j'ai une capacité d'imagination débordante. Le prix que je paye pour ça est lourd mais quelque part, même si les moments de dépression sont pénibles, je les aimes : c'est comme un vieux manteau. Il est complétement usé et rapiécé mais il sent le "connu", et c'est rassurant de se trouver en zone où l'on a pied, d'une certaine manière. On voudrait s'en dabrasser mais on ne sait pas comment et pourtant, dès qu'on nous l'enlève, on est perdu, sans repères, effrayés...Dans mon "malheur", j'ai quand même une chance phénoménale : lorsque je touche le fond, je peux enfin prendre appui pour me propulser vers le haut. L'écriture est ma planche de secours et pour ça, j'en remercie le ciel...Merci pour ton soutien, c'est vraiment super gentil ! Je te rends bien fort ton gros calin ^^
Z
Au moins, tu remontes la pente. J'en connais certain qui traine ça pendant des années. Mais surtout, il faut considerer ça comme une maladie et donc il ne faut pas en avoir honte.
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K
Pour remonter la pente, ça va, j'ai assez de force pour le faire et heureusement... Mais pour remonter, à chaque fois, je dois toucher le fond et ça, c'est pénible.Je suis assez d'accord pour dire que c'est une maladie en soi mais en même temps, je suis très dure avec moi-même. Ne pas avoir honte d'un tel coportement puéril n'est pas dans mon vocabulaire. Ayant toujours appris à suivre certaines règles de comportement, je ne pourrais jamais hurler dans un lieu publique ou cogner les gens sans raison, juste pcq ils me font peur ou ce genre de trucs et même sous l'effet de la panique. Et ça c'est pcq j'ai cette fameuse retenue qui me retient. C'est si ancré en moi que quand je pars en sucette, invariablement, j'ai honte car je sais combien c'est une certaine forme de caprice et que c'est complétement égoïste, manipulateur et puéril...