Gabriel 2



Une histoire mystérieuse de draps

 


 

Voici plusieurs jours que Gabriel a fait la découverte du Petit Peuple. Tous les matins, il rejoint ses nouveaux amis pour de longs jeux dans les champs et tous les soirs, il s’endort avec les jolis dessins d’Alda. C’est le bonheur…

 

Mais voilà qu’aujourd’hui, Maman n’est pas contente. Hier soir, elle a oublié son linge sur le fil d’étendage. Et ce matin, les draps sont tous par terre et complètement déchirés !

 

Maman rentre le draps et ensemble, avec Gabriel, il regardent les déchirures : toutes petites, toutes fines, elles sont régulières. Maman dit :

  • On pourrait presque croire qu’ils ont traîné sur un rosier mais c’est trop régulier… Je ne sais vraiment pas ce qui a bien pu déchirer mes draps !

Devant ce mystère, Gabriel descend au jardin et appelle ses amis lutins. Le premier à apparaître, c’est Zordar monté sur la Florette. Il est accompagné par Muad, le farfadet sans compagnon. Gabriel leur explique la situation et les invite à venir regarder les draps.

 

Comme Maman ne veut pas de chats dans la maison, Gabriel cache ses deux amis dans sa poche et se faufile dans la chaumière. Maman est dans la cuisine, Papa dans le jardin, tout va bien, le petit garçon peut aller dans le salon sans se faire voir. Là, il sort Zordar et Muad de sa poche et les pose sur la table.

 

Les deux petits êtres font les cent pas sur les draps, observant minutieusement chaque indice. Zordar se tire pensivement la barbichette pendant que Muad s’emmêle les pieds dans le tissu et essaie de s’en dégager tant bien que mal. L’inspection finie, Gabriel remet ses deux amis dans sa poche et ressort dans le jardin pour qu’ils puissent avoir une conversation sans que les grandes personnes ne les entendent.

 

Zordar s’écrie :

  • On dirait une attaque de Vils Vilains !

  • Oui, tu as parfaitement raison, surenchérit Muad. Mais on ne peut pas accuser sans preuves ! Il faut mener une enquête !

  • Oui, dit Gabriel, mais par où commencer ? Et puis d’abord, c’est quoi des Vils Vilains ?

  • Les Vils Vilains, dit Zordar, ce sont les petits gnomes méchants de la nature. Ils ont comme monture de vilains rats aux yeux rouges ! Ils saccagent tout, se goinfrent de nos provisions et nous tapent dessus si on essaie de se protéger ! Mais moi, je n’ai pas peur d’eux ! Je les attaquerais, pourfendrais, mordrais…

Il accompagne la parole de grands moulinets de bras, de feintes, de jeux de jambes… Muad, lui, se fait tout petit :

  • Ca se voit que tu n’en as jamais vus !

On entend dans sa voix quelque chose qui fait froid dans le dos : lui, il en déjà vu, des Vils Vilains ! Zordar s’arrête tout net dans ses parades et viens s’asseoir à côté de Muad. Il lui passe une main autour des épaules.

  • Si tu veux, tu peux nous raconter, on se moquera pas de toi !

  • Promis ?

  • Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer !

Muad commence alors à raconter :

  • J’étais encore un tout petit farfadot et mon Papa et ma Maman étaient sortis chercher à manger. Avec mes frères et sœurs, on jouait tranquillement dans notre maison, dans le grand chêne, quand on a entendu des grattements le long de l’écorce ! Ma grande sœur, elle a voulu regarder qui c’était, même si mon grand frère, il n’était pas d’accord… Alors elle a ouvert la fenêtre et là, les rats se sont engouffrés dedans ! C’était des gros rats avec des méchants gnomes montés dessus ! Les gnomes, ils se sont battus avec mes frères, et les rats, ils nous parquaient, mes sœurs et moi…

Muad tremble comme une feuille ! Il en a même les larmes aux yeux ! Pauvre Zordar, il est tout désemparé devant la peur de son ami. Gabriel tend son mouchoir à Muad. Le farfadet pourrait en faire une couverture avec mais c’est pas grave : c’est l’intention qui compte ! Un peu rasséréné, Muad continue :

  • Et puis Koulou est arrivé mais au lieu de se battre, il est allé chercher Roanne et son faucon. Le faucon a fondu sur les rats et les a mis en déroute ! Les gnomes, ils étaient tout embêtés ! Et mes grands frères, ils leur ont botté les fesses !

Muad a retrouvé tout son courage et une petite flamme brille dans ses yeux pendant qu’il raconte ça, se tapant le poing dans la paume de façon très explicite. Même Zordar est impressionné. Gabriel, lui, est songeur :

  • Pourquoi les Vils Vilains vous ont attaqués ?

  • Parce qu’ils sont méchants et jaloux ! Quand ils ne trouvent rien à manger, au lieu de mieux chercher, ils viennent voler chez nous ! Et puis, ils aiment faire des bêtises, c’est tout…

Muad et Zordar échangent un regard en haussant des épaules. Oui : ils aiment faire des bêtises, c’est tout… Les deux copains ne peuvent mieux l’expliquer. Gabriel reprend :

  • Pourquoi ils se seraient battus avec les draps ?

  • Mais on te l’a dit : c’est parce qu’ils aiment faire des bêtises ! Il n’y a pas trente six mille explications… C’est des Vils Vilains !

Gabriel n’est pas sûr que ça suffise comme éclaircissement. Il demandera plus tard à Maman plus de détails… Pour le moment, il faut mener l’enquête ! Zordar propose :

  • On pourrait demander à Roanne si elle a vu quelqu’un cette nuit ! Et puis à Eussé aussi !

  • Oh oui, Eussé, lui, il saura ! répond Muad.

  • Eussé ? Qui c’est ça, Eussé ? demande Gabriel.

  • Oh, c’est un Afar, un lutin d’Ardèche… Il avait trop chaud dans sa région alors il a déménagé dans le potager de ton Papa. Enfin, ça, c’est ce qu’il dit… Moi, je crois surtout qu’il est tombé endormi dans un panier de fraises et qu’il ne s’est pas rendu compte que des hommes l’emmenaient ! rit Zordar.

Gabriel et ses deux amis partent alors à la recherche de Eussé. Ils le trouvent, effectivement, dans le potager.

 

Papa est en train de ramasser des haricots pendant que derrière lui, une petite voix s’écrie :

  • Plus à gauche, Grandes Jambes, plus à gauche ! Non, maintenant, à droite, elles sont plus fraîches à droite ! Mais tu ne m’entends pas ? J’ai dit à droite !

C’est un petit bonhomme grand comme le pouce qui essaie d’indiquer des consignes à Papa. Mais Papa n’a pas l’air d’entendre… Le petit bonhomme désespère et se laisse tomber, assis, sur une grosse fraise. Il sort un mouchoir de sa poche et s’essuie de grosses gouttes de sueur qui lui couvrent le front. Puis, il mange un bout de fraise pour se redonner du courage.

 

Pendant ce temps, Gabriel doit trouver un moyen de faire diversion pour que Papa s’en aille du potager. Mais Gabriel n’aime pas mentir… Alors il dit à Papa :

  • Dis, je peux manger des fraises, Papa ?

Papa se retourne vers son petit garçon :

  • Bien sûr, Gabriel. Mais n’en mange pas trop ! Ca va bientôt être l’heure du déjeuner ! D’ailleurs, je dois vite apporter ce panier de haricots à Maman, sinon, elle n’aura rien pour nous à midi !

Papa s’en va vite à la maison avec son panier de haricots sous le bras. Gabriel est bien content ! Il se penche au-dessus des fraisiers et salue Eussé :

  • Bonjour, Monsieur l’Afar ! Je m’appelle Gabriel !

Zordar et Muad sortent vite de la poche de Gabriel pour saluer Eussé à leur tour. Le pauvre Afar est tout chamboulé ! Il ne s’attendait pas à ça ! Heureusement que les lutins sont là, sinon il aurait vite disparu… Zordar prend les choses en main :

  • Dis moi, Eussé… Tu aurais pas vu des Vils Vilains, cette nuit ?

Eussé devient tout rouge et secoue la tête pour dire non :

  • Non, je n’ai rien vu ! La nuit, moi, je dors !

  • Tu es sûr ? Les draps de la Maman de Gabriel ont été tout déchirés cette nuit… Et comme tu n’es pas loin des l’étendage, tu as peut-être vu ou entendu quelque chose ?

  • Non, je n’ai rien vu du tout ! Rien de rien !

L’Afar est encore plus rouge qu’une cerise. Gabriel se demande s’il ne serait pas en train de mentir… Mais Zordar a l’air de croire Eussé. Il lui dit au revoir et enjoint ses amis à le suivre.

  • Allons voir Roanne, elle saura, elle !

Les trois compagnons vont plus bas, vers les champs, dans le petit bois où niche le faucon de Roanne. Ils appellent bien fort la sylphe qui apparaît de derrière une branche.

  • Vous faites bien tant de bruit ! Qu’est ce qui se passe ?

Voyant Gabriel, Roanne descend pour venir lui faire un bisou. Gabriel devient tout timide : la sylphe lui fait toujours cet effet là.

  • Bonjour Roanne. Dis moi, tu dors la nuit ?

Zordar et Muad regardent Gabriel d’un air ahuri. Roanne a l’air très étonnée. Muad explique ce que Gabriel voulait dire :

  • On te demande ça parce que cette nuit, les draps de la Maman de Gabriel ont été lacérés. On se disait que peut-être que tu saurais, toi, ce qui est arrivé… Nous, on pense que c’est des Vils Vilains qui ont fait le coup !

Roanne prend un air pensif.

  • C’est vrai que je sors la nuit, pendant que mon faucon dort. A la place, je monte une chouette. Tu veux la voir, Gabriel ?

  • Oh oui, avec plaisir !

Roanne siffle entre ses doigts et une grande chouette brune vient se poser non loin de là. Ce n’est pas un oiseau diurne alors il se rendort tout de suite. Gabriel est émerveillé. Pendant ce temps, Roanne poursuit :

  • Cette nuit, je n’ai vu aucun Vil Vilain ni aucun Fourbe. Ce n’est pas la saison… En été, ils ont assez à manger dans leur coin pour ne pas venir nous embêter. Ca m’étonnerait vraiment que ce soit eux qui aient fait le coup. Vous avez demandé à Eussé s’il avait vu quelque chose ?

  • Oui, justement, dit Zordar, il prétend qu’il n’a rien vu, ni rien entendu. Mais il rougissait beaucoup !

Roanne se pince les lèvres et se tapote le menton avec un doigt.

  • Je crois qu’il faudrait que nous en parlions à Koulou. Lui, il saura quoi faire.

Gabriel et les deux petits êtres disent au revoir à la sylphe et vont trouver Koulou.

 

Le vieux lutin est assis sur un énorme champignon, fumant une grosse pipe. Il prend le soleil tranquillement. A nouveau, les trois compagnons lui expliquent l’histoire pendant que le vieux lutin souffle des ronds de fumée.

 

Koulou se relève et se dégourdit les jambes.

  • Je suis bien d’accord avec Roanne, les Vils Vilains ne s’aventurent pas par ici l’été. Ca se saurait… Par contre, je crois que Eussé n’a pas tout dit. Si ça vous dit, je viendrais bien avec vous lui rendre à nouveau une petite visite.

Arrivés au potager, les quatre amis ont beau appeler, Eussé reste introuvable. Gabriel, qui est bien plus grand que les lutins et le farfadet, scrute les alentours. C’est vers la grange qu’il aperçoit l’Afar. Koulou est surpris :

  • Mais que fait-il aussi loin du potager ? Ce n’est pas dans ses habitudes !

Eussé voit arriver vers lui le petit garçon (qui lui paraît bien grand tout de même), un Koulou à la mine sévère, un Zordar prêt à en découdre et un Muad curieux. L’Afar essaie de reculer, ouvrant les bras comme s’il cachait quelque chose derrière lui. Ca ne fait aucun doute, il a quelque chose à se reprocher. Eussé se met alors à supplier :

  • S’il vous plaît, ne lui faites pas de mal ! Il est encore si petit ! Il ne l’a pas fait exprès ! Je vous en prie !

Koulou se ravise et reprends son visage compréhensif :

  • Allons, allons, mon ami, nous n’allons faire de mal à personne ! Mais si tu me disais ce qu’il se passe ?

Eussé a encore peur mais on ne peut rien refuser au vieux Koulou. Au lieu de répondre, il montre aux quatre amis de le suivre. Dans la grange, il y a quelque chose qui bouge sous une bâche. Gabriel n’est pas rassuré ! D’un geste théâtral, Eussé soulève la bâche et là ! Un tout petit, tout mignon, adorable petit hérisson dresse la tête. Eussé s’explique :

  • Ce pauvre bonhomme a perdu sa Maman il y a quelques jours. Comme il ne peut pas encore se débrouiller tout seul, je l’ai recueilli. Mais depuis, il n’arrête pas de faire des bêtises, à cause de ses piquants ! Et j’ai beau lui expliquer, c’est encore un petit coquin ! Je suis désolé, Gabriel, pour les draps de ta Maman… Mais je ne sais plus quoi faire…

Pendant ce temps, Muad est venu tout près du hérisson et s’est bien fait renifler par le museau pointu de la petite bête. Maintenant, ils se font de gros câlins, comme s’ils s’étaient retrouvés après une longue absence. Koulou les regarde, fait des « hum » puis se tourne vers Eussé :

  • Les Afar ne sont pas liés aux animaux, n’est ce pas ?

  • Non, malheureusement. Nous n’avons pas ce don là. Mais il n’empêche que nous les aimons quand même !

  • Je comprends, mon ami, je comprends. Hum. Je crois que j’ai la solution ! Muad, tu as l’air de bien aimer ce hérisson, dis moi ?

  • Oh oui, Koulou ! Il est exactement comme moi !

De fait, Muad a les mêmes cheveux en brosse que les piquants du hérisson.

  • Eh bien, Muad, tu vas être l’ami de ce hérisson, comme Zordar avec Flora. Il va falloir que tu lui apprennes les bonnes manières et que tu t’en occupes bien ! Comme ça, ce petit hérisson vivra un peu plus loin de la maison, loin de toute éventuelle bêtise. Ca te va, Eussé ?

Eussé est fou de joie ! Il bondit, rigole et pleure en même temps. Koulou reprend un air sévère :

  • Et Eussé, si tu as à nouveau des soucis, il faut que tu me promettes de venir m’en parler. C’est d’accord ?

L’Afar promet, Muad roucoule à son hérisson et Zordar essuie une petite larme qu’il a au coin de l’œil. Gabriel, lui, est très heureux et sourit de toutes ses dents !

 


 

Après déjeuner, Gabriel aide ses amis à transporter le hérisson dans les bois. Ce n’est pas évident parce que les piquants du hérisson, ben… ça pique ! Mais ouf, ça y est, Muad et son compagnon sont enfin installés à l’abri des feuilles, loin de la maison. Et le farfadet a promis à Eussé qu’ils viendraient souvent en visite.

 

Avec tout ça, Gabriel n’a plus pensé à demander à Maman pourquoi des gens pouvaient être méchants. Mais ça, ça sera pour une autre histoire…

 


 

Le soir venu, Gabriel raconte sa journée à son amie Alda. Pour le récompenser d’avoir mené à bien son enquête, l’Elfe domestique dessine, à l’aide des lucioles, de petits hérissons sur la fenêtre.

 


 

Bonne nuit, Gabriel…

 


 


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