Gabriel 1

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Une histoire de papillons

 


 

Le soleil est haut dans le ciel. Les insectes bourdonnent dans l’air parfumé des fleurs. Il fait lourd. Tout est calme, presque endormi par la chaleur de cet été.

 

Maman est en train de lire dans la chaise longue, son verre de sirop de rose à côté d’elle. Papa est dans le jardin. Il s’occupe des tomates. On ne voit que son chapeau de paille qui danse au-dessus des tiges hautes. Les Tontons sont en train de rigoler, sur la terrasse, là haut, avec Tantine et Tata. Papy et Mamy sont en train de lire le journal. Et Banga, l’autre Mamy, est en train de faire la sieste.

 

Rien de bien intéressant pour un petit garçon.

 

Gabriel s’ennuie.

 

Allongé dans les herbes hautes, il mâchouille un brin de foin, les bras croisés derrière la tête. Il aurait bien voulu regarder les nuages mais aujourd’hui, il n’y en a pas. Alors il regarde les papillons.

 

C’est rigolo, les papillons. Ils n’arrêtent pas de faire des ronds et des cercles et des zigzags… Et puis c’est joli ! Quand un papillon se pose sur une fleur, on peut regarder les ailes colorées. Mais il faut faire ça en secret, tout doucement. Si on fait un geste trop brusque, le papillon s’envole. C’est pas courageux ces petites bêtes là ! Aussi, si on reste longtemps sans bouger, un papillon peut venir se poser sur la joue et faire des bisous. Ca aussi, c’est rigolo ! C’est frais, presque froid !

 

Mais ça fait longtemps que Gabriel ne bouge pas et aucun de ces coquins n’est venu le voir. Il commence à s’impatienter. Il cueille alors une fleur et la met sur le bout de son nez. Peut-être qu’un insecte se laissera berner…

 

A sa plus grande satisfaction son petit stratagème fonctionne !

 

Un papillon s’est posé en plein sur les pétales et sa longue trompe inspecte le nectar.

 

Il est si près que Gabriel est obligé de loucher pour le voir. D’abord il ne distingue que les yeux de l’insecte qui brillent de mille feux. Puis il aperçoit les magnifiques couleurs des ailes de l’insecte battant l’air tandis qu’il se déplace sur les pétales de la fleur. C’est alors que Gabriel sent son cœur battre un coup.Il vient d’apercevoir, l’espace d’un clignement de paupière, un petit bonhomme à califourchon sur le papillon. Eberlué et effrayé, il se relève aussitôt, faisant tomber la fleur. Alors le papillon s’envole tandis qu’un frémissement tel un petit cri se fait entendre puis disparaît en même temps que s’éloigne le mystérieux insecte.

 

Le petit garçon reste longtemps immobile, espérant revoir le papillon monté. Mais le papillon ne revient pas et Gabriel se décide finalement à rentrer, le repas est prêt.

 


 

Le dîner est fini. Maman fait la vaisselle, Papa l’essuie et Gabriel la range. Maman est inquiète : son petit garçon est resté soucieux pendant tout le dîner. Ca ne lui ressemble pas. Elle essaie de lui poser des questions mais il ne répond pas beaucoup. Alors elle regarde si il a de la fièvre. Sa grande main se pose sur son front. C’est doux, c’est apaisant. Mais Gabriel n’est pas malade. Il a juste des questions qui ne veulent pas sortir. Il a peur que Maman et Papa ne le croient pas. Les grandes personnes, des fois, ils comprennent tout de travers… Heureusement que Banga est là. D’une voix toute tendre, elle dit à Maman qu’il doit juste être fatigué de courir toute la journée.

 


 

Dans son petit lit, Gabriel regarde devant lui, par la fenêtre. Des lucioles sont venues se poser sur le carreau. De près, ce sont des petites bêtes vraiment pas jolies. Mais de loin, quand elles sont rassemblées, ça fait des dessins lumineux dans la nuit. Là, on dirait une étoile. Et puis maintenant, un champignon… Les paupières lourdes, Gabriel s’endort.

 


 

Le matin s’est levé. Il pleut.

 

Gabriel est déçu. Le nez collé à la fenêtre, il voudrait bien sortir pour chercher le papillon monté. Mais avec un temps comme ça, les papillons, ils restent bien cachés. Et Gabriel ne sait pas où les chercher.

 

Au déjeuner, il pose la question :

  • Où ils vont les papillons, quand il pleut ?

Papa répond :

  • Ils se mettent dans le bois, sous les feuilles…

  • Ah oui ? Tu en as déjà vu ?

  • Oui, bien sûr !

  • Tu peux me montrer ?

  • Après déjeuner, si tu veux.

Le repas fini, Gabriel met tout de suite ses bottes et son imperméable jaune. Il saute sur place pendant que Papa se prépare.

  • Allez, Papa, dépêche toi !

  • Du calme, du calme… Où est-ce que j’ai mis mon pull ?

  • Allleeeez, Papaaaa !

  • J’arrive, j’arrive !

Papa et Gabriel sortent de la maison et descendent au bois. C’est un trou dans le mur de la maison où Papa range toutes les bûches pour le feu. Papa soulève une branche sciée, une autre et puis encore une autre. Pendant ce temps, Gabriel essaie de regarder sous les brindilles. Enfin, Papa dit :

  • Regarde ! Il y en a un, là !

Dans un petit trou, un papillon dort, ses ailes repliées. Mais ce n’est pas celui là que cherche Gabriel.

  • On en cherche d’autres ?

  • Cherches si tu veux, moi je dois aller donner à manger aux moutons. Tu veux venir avec moi, sinon ?

  • Non, je vais chercher.

  • Fais attention de ne pas te faire mal ou de faire tomber les bûches.

  • Oui, oui !

Alors que Papa s’éloigne, Gabriel continue ses recherches. Il essaie de déplacer doucement les gros bouts de bois, pour ne pas effrayer les petits insectes. Et son soin est récompensé !

 

Dans un autre petit trou sommeille un étrange insecte, ce n’est certes pas un papillon mais cela y ressemble pourtant étrangement. Il s’agit d’une jeune femme, grande comme un pouce, avec de grandes ailes jaunes et noir.

 

Mais la lumière la réveille ! Elle s’étire, baille et regarde autour d’elle. Elle sursaute en voyant un visage gigantesque au-dessus d’elle, celui de Gabriel. La pauvre petite fée se plaque conte une bûche, cherchant des yeux où trouver refuge. Elle a l’air d’avoir si peur !

 

A ce moment là, Maman ouvre la porte de la cuisine et appelle :

 

- Gabriel, viens vite ! J’ai préparé du chocolat chaud et des biscuits !

 

Surpris, Gabriel léve la tête et répond :

  • Oui, oui, j’arrive !

Il baisse à nouveau les yeux mais la petite fée a disparu ! Dans une toute petite fente dans le bois, deux yeux minuscules brillent.

 

Gabriel chuchote :

  • Excusez moi de vous avoir embêté, Madame la Fée. Je reviendrai plus tard pour vous donner du biscuit.

Et le petit bonhomme court se mettre à l’abri. Dans la petite fente, une fée reste à le regarder partir. Elle n’en revient pas de s’en être tirée aussi facilement.

 


 

Toute l’après-midi, Gabriel a dessiné des papillons colorés. Assis à la grande table du salon, à côté de la cheminée qui ronronne, il boit son chocolat et grignote des sablés. Ce qui est bien avec les sablés, c’est que ça fait plein de miettes. Gabriel les récupère et les cache dans sa poche quand Maman ne regarde pas.

 

Papa est venu chercher le panier à bois pour réapprovisionner la cheminée. Il n’en fallait pas plus pour que Gabriel mette ses bottes à nouveau et descende avec lui. Maman se demande bien ce qu’il leur veut à ces papillons…

 

Pendant que Papa charge le panier, Gabriel jette vite, vite, vite ses miettes dans la pile de bûches.

 

Il espère que la fée aimera…

 


 

Maman a raconté une très jolie histoire ce soir. Ca parlait de lutins et de petits elfes… Après que Maman lui ait fait un bisou et avant qu’elle n’éteigne la lumière, Gabriel demanda très vite :

  • Maman, ça existe vraiment les fées ?

  • Bien sûr, mon chaton.

  • Tu en vois des fois ?

  • Non, mon ange. Je suis trop grande pour ça. Il n’y a que les enfants et les innocents qui les voient.

  • Pourquoi ?

  • Parce qu’un jour, quand on grandit, on oublie complètement la simplicité des choses… Ne te tracasse pas pour ça, dors maintenant.

Gabriel ne comprend pas tout ce que Maman a dit cependant, une chose est sûre : le Petit Peuple existe. Elle l’a dit donc c’est vrai ! Content d’avoir pu parler avec une grande personne qui a tout compris tout juste, Gabriel s’endort en regardant les lucioles qui sont revenues.

 

Est ce son imagination ou est ce qu’elles ne forment pas un gros visage souriant ?

 

Trop endormi pour vérifier, Gabriel ferme les yeux pour le pays des rêves.

 


 

Le soleil est revenu ! L’air est encore frais des récentes pluies et les herbes portent encore des gouttelettes au bout de leurs brins.

 

Gabriel a avalé son petit déjeuner en un éclair. Pendant que Maman l’aide à mettre ses baskets et sa casquette, le petit garçon n’arrête pas de gigoter, impatient qu’il est ! Est-ce que la fée sera encore dans le bois ou se sera-t-elle enfuie ? Est-ce qu’elle a aimé les miettes ?

 

Ca y est, les baskets sont mises, la casquette est en place. Il est grand temps de sortir !

 

Gabriel descend les escaliers en courant, sautant les deux dernières marches pour atterrir dans l’herbe. Papa est déjà dans le jardin :

  • Bonjour Gabriel !

  • Bonjour Papa !

  • Alors ça y’est ? T’es levé ?

  • Ben oui !

Gabriel fait un bisou à son Papa avant de revenir au bois.

  • Tu cherches encore des papillons ?

  • Oui !

  • Tu sais, ils doivent être en train de voler maintenant ! Le soleil est déjà levé depuis longtemps…

Gabriel fait semblant de ne pas avoir entendu Papa. Il est sûr que la fée sera là ! Mais il faut que Papa s’en aille. Madame la Fée ne se montrera peut-être pas si Papa est trop près…

 

Le petit garçon appelle doucement pour ne pas être entendu :

  • Madame la Fée, vous êtes là ?

Pas de réponse.

  • Madame la Fée ?

Un tout petit visage se montre, timidement.

  • Tu es tout seul, petit garçon ?

  • Non, mon Papa est là bas mais il ne fait pas attention…

Le petit bout de femme essaie de regarder par-dessus l’épaule de Gabriel pour évaluer le danger.

  • Et puis, Papa, il est gentil vous savez,, il vous ferait pas de mal !

  • Oh oui, je sais ! Ton Papa n’est pas méchant. Mais c’est une grande personne…Et les grandes personnes n’ont pas le droit de nous voir !

La fée parle avec une voix minusculette et très vite. C’est normal, elle est toute petite.

  • Et moi, j’ai le droit de vous voir ?

  • Si tu promets que tu seras gentil, que tu ne m’arracheras pas les ailes, oui, tu as le droit.

Gabriel est captivé par la fée. Il la trouve si jolie ! Elle a de grandes chaussettes rayées jaune et noir qui lui remontent jusqu’aux genoux et une jolie robe jaune avec des points noirs, comme ses ailes délicates. Elle a de longs cheveux qui sortent d’un petit chapeau fait avec une fleur, une pensée. Gabriel ne comprend pas pourquoi on voudrait arracher les ailes à une si jolie demoiselle !

  • Je ne ferais jamais ça !

  • Oh, tu dis ça, mais c’est déjà arrivé !

  • Et elles sont devenues quoi les fées ?

  • Elles ont eues très mal ! Mais bon, après quelques jours, ça repousse…

  • Comme la queue des lézards ?

La fée eut l’air un peu surpris.

  • Oui, un peu comme les lézards. Mais, je ne sais pas si tu as remarqué, je ne suis pas un lézard !

Décidément, cette petite fée est un peu bizarre.

  • Et comment tu t’appelles, petit garçon ?

  • Gabriel. Je suis le petit garçon de la maison.

  • Moi, je suis Miniklochette. Mais tu peux m’appeler Lilette si tu veux.

Lilette tendit sa main. Gabriel avança son petit doigt pour qu’elle puisse le serrer.

  • Je suis contente de faire ta connaissance, Gabriel.

  • Moi aussi, Lilette.

La fée s’étira de tout son long, ses petits poings tendus en l’air. Son ventre fit un gargouillement.

  • Je dois y aller. Je n’ai pas encore mangé et il faut encore que je trouve une jolie fleur à butiner.

  • Tu n’as pas trouvé les miettes de biscuit ?

  • Oh si, merci, c’était très gentil ! Mais j’ai partagé avec les oiseaux…

  • Tu parles avec les oiseaux ?

  • Euh, oui, enfin… C’est compliqué.

  • Je peux peut-être t’aider à trouver une fleur ?

  • D’accord !

Gabriel tend sa main, paume ouverte, pour que la fée puisse grimper dessus.

  • J’ai de grandes poches. Je vais vous mettre dedans. Comme ça, personne ne vous verra et vous pourrez tout voir.

Sitôt dit, sitôt fait.

 

Lilette rentre dans la poche et s’exclame :

  • Mais c’est plein de bazar, là dedans !

Gabriel est confus : il s’est trompé de poche. Celle-ci contient déjà une bille, un petit caillou tout joli et une plume qu’il a ramassée par terre. Il change la fée de poche. Mais il n’a pas vu Papa derrière lui.

  • Tu as trouvé quelque chose de joli ?

  • Oh, euh… Juste une fée, Papa !

Gabriel sent la fée qui gigote furieusement dans son short. Mais le petit garçon a un plan. Il tend sa main ouverte, vide, à Papa.

  • Regarde, Papa, comme elle est jolie !

Papa ri et ébouriffe de la main les cheveux de Gabriel.

  • Amuses toi bien avec elle ! Mais ne lui arraches pas les ailes !

Papa s’en va jardiner. Ouf ! Gabriel a eu chaud ! Mais qu’est ce qu’ils ont tous avec ces ailes ? Il n’est pas comme ça, Gabriel !

 

Tout content, Gabriel prend la direction des près. Dans sa poche, Lilette râle :

  • Tu aurais pu inventer autre chose ! Et puis, arrête de marcher comme ça, tu me secoues dans tous les sens…

Gabriel essaie de faire attention. Il marche dans l’herbe pour ne pas trébucher sur les cailloux du chemin.

 

Arrivé au champ où il avait vu le papillon chevauché, il sort Miniklochette de sa cachette.

  • Qu’est ce que tu aimes comme fleurs ?

  • Je les aime toutes !

S’écrie la petite fée avec un air gourmand. Elle bat des ailes de ravissement : devant elle, des tas de fleurs rouges, jaunes, mauves, blanches… sont ouvertes. Gabriel pose Lilette délicatement sur une marguerite. Tout de suite, la fée prend délicatement une coupe jaune du centre de la fleur et s’en sert comme gobelet.

  • Bon appétit, jolie fée !

La fée est trop occupée à se remplir le ventre pour l’entendre. A ce moment là, un papillon vient se poser sur la marguerite et en descend le petit bonhomme que Gabriel a déjà vu.

  • Eh bien Lilette, tu ne changeras décidément jamais ! Toujours en train de manger des sucreries…

Miniklochette se récrie :

  • C’est bon pour moi ! Sinon, comment je garde les couleurs de mes ailes, hein ?

  • Et si tu me présentais au lieu de penser qu’à ton ventre ?

La mini-fée s’essuie la bouche délicatement avec un pétale de la marguerite et fais les présentations :

  • Gabriel, le petit garçon de la maison d’en bas. Gabriel, je te présente Koulou, le lutin des papillons.

  • Enchanté, Gabriel. Alors c’est toi qui tends des pièges aux papillons ?

Gabriel rougit un peu :

  • Excusez moi, je ne voulais pas vous faire peur, l’autre fois…

  • C’est pas grave, j’ai juste failli tomber de ma brave Kalaï !

D’un geste de la main, il montre sa fidèle monture : un papillon brun aux ailes petites mais rapides. Kalaï baisse ses pattes avant pour faire une révérence.

  • Et vous êtes pas une fée ?

  • Ah que nenni, mon garçon ! Je suis un lutin ! Les fées hommes, ça n’existe pas !

  • C’est pour ça que vous n’avez pas d’ailes ?

  • Exactement, mon garçon ! Je vois que tu apprends vite ! Alors, si tu me disais comment tu as rencontre notre petite fée coquine, Lilette ?

Pendant que le lutin parlait, Lilette s’était attaquée à une autre fleur, rose cette fois. Surprise, elle sursauta et faillit faire tomber son nouveau gobelet. Gabriel étouffe un rire derrière sa main : il a bien vu que la fée est susceptible. Mais Koulou, lui, ne s’embarrasse pas de ce genre de choses :

  • Je vois que tu as toujours autant de bonnes manières, ma Lilette !

La fée hausse des épaules et s’en retourne à son occupation.

  • Eh bien, Gabriel, tu as perdu ta langue ?

Gabriel s’assoit dans les hautes herbes et lui racontes l’histoire. Le lutin, lui aussi, s’est assis sur la fleur. Il est vraiment différent des fées ! D’abord, il n’a pas d’ailes. Et puis son visage est tout rond avec un petit nez, rond lui aussi. Il porte un chapeau fait avec la cosse d’un gland et ses vêtements ressemblent à des feuilles d’arbre. Des feuilles de chêne pour être exact. Koulou ne porte pas de barbe mais on voit dans son regard qu’il a beaucoup d’années derrière lui : même si ses yeux pétillent, on peut lire dedans une grande sagesse.

 

Le lutin écoute avec attention les paroles du petit garçon. A la fin, il ri beaucoup de la ruse de Gabriel.

  • Je vois que tu ne manques pas d’imagination, petit garçon ! Je crois que tu t’entendrais avec mes amis… Attends, je vais les appeler ! Mais avant ça, il faut que tu promettes une chose…

  • Tout ce que vous voudrez, monsieur le lutin…

  • Bon alors, va falloir que tu promettes deux choses, en fait : la première c’est de m’appeler Koulou. Et la deuxième : c’est que tu ne diras à personne que tu nous connais. C’est très important, Gabriel ! Je vois bien que tu es un gentil petit gars mais pas tout le monde n’est comme toi. Alors il faudra que ça reste notre petit secret, hein ?

Koulou lui fait un clin d’œil malicieux. Gabriel veut faire pareil mais il ne sait pas cligner d’un seul œil. Alors il cligne des deux…

  • Compris, monsieur… Koulou, je veux dire. Je promets de ne rien dire !

  • Très bien. Je compte sur toi, hein ?

Koulou sort une petite trompette faite en bois gravée et souffle dedans. Gabriel n’entend rien mais il sent un changement dans l’air. Toute la nature semble s’emplir d’un bruit très faible mais persistant, comme le vent dans les branches.

 

Apparaît d’abord Florette, la chatte noire qui fait peur à Gabriel. C’est le chat de sa tantine : une grosse boule de poils noirs qui s’échappe dès que Gabriel veut la caresser. Le petit garçon a déjà vu Florette griffer et mordre sa tantine et il ne veut pas qu’elle lui fasse pareil. Mais cette fois, elle est toute calme. En regardant attentivement, Gabriel voit sur son dos un autre petit lutin. Celui-ci n’est pas aussi rond que Koulou et ressemble plutôt à un flibustier. Il est plus grand et tout en muscles et il porte des grandes bottes en peau de rat. Ses vêtements à lui sont faits de poils de chat entortillés comme de la laine et il porte, à sa ceinture, une épée en croc de chat. A son chapeau, il porte une grande plume d’oiseau. Tellement grande, la plume, qu’elle menace de faire tomber le lutin à chaque pas.

  • Voici, Zordar. C’est le lutin des chats. C’est un vrai coquin mais au grand cœur. Zordar, je te présente notre nouvel ami : Gabriel.

Zordar se met debout sur l’échine de Florette et enlève son chapeau pour le faire virevolter dans tous les sens en guise de salut. La plume du chapeau agace Florette. Elle attrape la plume d’un coup de mâchoire. Zordar essaie de rattraper son chapeau et se met à tirer dessus avec des petits cris frénétiques :

  • Non, Flora, non ! Lâche ça ! Rends le moi…

Mais la chatte est la plus forte. Gabriel prend délicatement la plume de sa gueule et la rend au lutin qui a beaucoup rougi.

  • Merci mais je m’en serais tiré tout seul !

Lilette et Koulou rigolent tellement qu’ils sont obligés de s’asseoir dans leurs fleurs respectives.

 

Ensuite, c’est au tour d’un renard d’arriver. Là, Gabriel a vraiment peur : il n’a jamais vu de renards avant mais il sait que ça peut être dangereux. D’ailleurs, Florette s’enfuit en courant, laissant un Zordar tout déconfit. Le lutin pirate peste :

  • Arlequin, je t’ai déjà dit de ne pas autant t’approcher avec ta bestiole !

Perché sur la tête du renard tout sage, un minuscule, mais alors vraiment minuscule, lutin se dresse, fièrement :

  • Tu traites pas mon renard de bestiole ! Sinon…

  • Sinon, quoi ?

Le dénommé Arlequin dit quelque chose au creux de l’oreille de son renard. Le petit carnassier attrape alors Zordar par le bout des dents et le secoue gentiment. Ah oui, il a fier allure, le lutin flibustier !

  • Ne fais pas attention à eux, Gabriel. Ils sont tout le temps en train de se chamailler.

Dit Koulou. Fronçant des sourcils, il s’adresse au petit plaisantin :

  • Arlequin, ça suffit maintenant. Tu crois que c’est des manières, ça ?

  • Il l’a cherché…

Le renard lâche Zordar. Le lutin pirate tombe mais heureusement que Gabriel le rattrape avant qu’il ne s’écrase par terre. Gabriel repose Zordar sur une fleur.

  • Merci mais…

  • Je sais, tu allais t’en tirer tout seul…

Zordar est un petit peu vexé mais il retrouve vite sa bonne humeur. Arlequin, lui, est trop mignon ! C’est encore un petit garçon… Mais ce n’est pas un lutin, ça, Gabriel en est sûr. Arlequin a des grandes oreilles pointues comme le bout de son nez. Et ses cheveux, loin d’être blonds et bouclés comme Koulou et Zordar, sont foncés et raides. Il est coiffé artistiquement, avec des tresses et des brindilles mêlées. Ses vêtements sont faits de petits bouts de tissus que Gabriel reconnaît : Maman lui a fait une couverture avec ces mêmes tissus, non ?

  • Et voici Arlequin : c’est un Elfe sauvage.

L’Elfe inspecte minutieusement le petit garçon avant de se fendre d’un grand sourire.

  • Mais je te connais toi ! Tu es le petit garçon a qui j’ai volé mon tissu…

Arlequin se rend compte de ce qu’il vient de dire et rougit furieusement.

  • Enfin, emprunté, je veux dire. Emprunté, oui, c’est le mot…

  • T’inquiètes pas, petit Elfe, maman a encore tout plein de tissu comme ça.

Arlequin prend un air très intéressé.

  • Ah oui ? Tout plein, tu dis ?

  • Arli ! Tu ne vas pas t’y mettre non plus !

C’est Koulou qui gourmande l’Elfe. Gabriel demande alors :

  • S’il y a des Elfes sauvages, c’est qu’il doit y avoir des Elfes domestiques aussi, non ?

  • Mais c’est qu’il est futé ce petit garçon, s’exclame Koulou avec beaucoup de fierté. Oui, c’est vrai, d’ailleurs, voici Alda. C’est une Elfe domestique.

Alda arrive, cachée dans un cocon de feuilles tiré par des hannetons. L’Elfette sort une toute petite main de son cocon et la secoue pour dire bonjour.

 

Koulou reprend :

  • Alda ne vit que la nuit, avec les lucioles. La lumière du jour lui fait mal aux yeux…

  • Et puis elle est très timide, claironne Lilette qui a fini de manger.

Gabriel souffle tout doucement à Alda :

  • Bonjour, Alda. C’est toi qui me fais des jolis dessins sur la fenêtre quand je vais me coucher ?

Un petit gloussement de rire se fait entendre du cocon. Une toute petite vois, toute timide lui répond :

  • Oui, c’est moi, Gabriel. Ca te plaît ?

  • Oh oui, beaucoup !

  • Je t’en ferais tout plein, alors !

Gabriel lui souffle alors un bisou du bout des doigts avant que le cocon ne s’envole à nouveau pour retourner à l’abri de l’ombre.

 

Koulou est un peu ému :

  • Une charmante fille, cette Alda ! Tiens voilà, Roanne et Muad !

Un faucon vient se poser non loin de là. Une élégante sylphe et un farfadet maladroit en descendent.

 

La sylphe est très belle : tout en longueur, rubans et plumes. Elle est très digne mais on voit dans ses yeux que ce n’est pas la dernière pour rire. Le farfadet, lui, est rigolo : ses cheveux sont hérissés en pointe et il a un petit museau qui frétille. Mais il a l’air tout triste.

 

Koulou reprend la parole :

  • Roanne est la maîtresse des oiseaux.

  • Et Muad, il a pas d’animal ?

  • Pas encore, c’est pour ça qu’il est triste. Mais on va lui trouver quelque chose, va !

Muad fait un petit sourire. Lui aussi est assez timide car il se cache derrière les jupons de son amie oiselière.

 

Zordar, qui se pavanait sur sa fleur, faillit être renversé par une libellule qui arriva à toute berzingue. L’insecte fait un freinage sur le côté et sa cavalière en descendit d’un bond. C’était une petite bonne femme aussi grande que Lilette, vêtue d’un pantalon aux reflets changeants.

  • Humpf, toujours aussi douée pour la conduite, Asuka ! S’exclame Zordar, encore vexé.

  • Pas de ma faute si tu es sur mon chemin, espèce de râleur…

  • Gabriel, voici Asuka ! On ne sait pas exactement ce qu’elle est mais elle est une bonne compagne de jeux…

La petite bonne femme donne un coup de pied dans le tibia de Zordar :

  • Je suis une nixe ! N I X E ! Nixe ! Non mais…

Ca n’empêche pas la nouvelle arrivante de faire un grand sourire et une petite révérence, assez cavalière, à Gabriel.

 

Petit à petit, une foule de monde arrive et Gabriel ne sait plus où donner de la tête. Tellement de noms, d’espèces, de visages… Koulou, bienveillant, lui présente chacun et chaque une et lui décrit leur mode de vie.

 

Puis, quelqu’un propose de jouer au chat. C’est un grand déferlement de papillons, de libellules, d’oiseaux, de petites ailes chamarrées et de grands éclats de rire. Gabriel s’amuse comme un petit fou !

 

 

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